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Voici quelques backgrounds que nous jugeons (même si c'est subjectif) intéressant, par leur contenu ou leur écriture.
Septième Fils du cataphracte Azhim Nephtal dans la Satrapie de Shiam, au sein du grand Empire d'Albhae, la naissance de l'enfant s'annonçait sous les meilleurs auspices étant donné le niveau social de sa famille : rien ne semblait pouvoir le destiner à une vie difficile. Pourtant, à la naissance, il était accompagné d'un jumeau mort-né. Ce mauvais présage ne préfigurait d'ores et déjà rien de bon pour les superstitieux, mais dans les premières années de sa vie, il ne se passa rien de particulier mis à part ce drame, et il grandit tranquillement auprès de ses 11 frères et sœurs (dont certains déjà grands).
Comme la plupart des enfants de noble lignée, il était déjà promis à une épouse dès sa naissance par mariages arrangés afin que les grandes familles s'allient, il grandit donc en compagnie d'une des filles d'un autre notable, nommée Sheeva Miy'ad à laquelle il s'attacha assez vite, à la grande satisfaction des parents. Bien qu'il fût plus âgé qu'elle de 4 ans lorsqu'il la rencontra, une amitié profonde et sincère naquit rapidement entre les deux enfants.
Au cours de son enfance, quelques éléments étranges commencèrent à se dérouler autour de lui, comme cette curieuse dentition qui se développa après la chute de ses dents de lait, cette langue, séparée en deux comme celle d'un serpent, son vieillissement ralenti, ou encore ces ongles qui poussaient à un rythme frénétique. Cela inquiéta ses parents, qui firent appel à quelques spécialistes des présages.
La révélation fut visiblement de taille, puisque l'enfant fut mis au ban, enfermé jour et nuit dans une chambre, sans contact avec le monde extérieur, ne subissant désormais plus que le dégout de sa famille. A la fenêtre de cette chambre, il se lamentait, et pleurait sur son sort, et son amie perdue.
Une nuit, son sommeil fut agité d'un rêve étrange dans lequel il aperçut une femme, dont il reconnut les traits : il s'agissait d'une de ses ancêtres, dont le portrait était peint et accroché dans un des salons du domaine familial. Il la vit, en train de peindre, sur une toile, un merveilleux paysage, animé de couleurs et d'odeurs surnaturelles, plus vrai que nature, et plus beau que toutes les œuvres peintes jusqu'alors. Elle peignait frénétiquement, les yeux ouverts et agités, comme en transe extatique, parvint finalement à représenter la perfection d'un paysage onirique et à la beauté incommensurable : une baie large, ouverte sur un océan bleu azur dont parvenaient les doux embruns et sur lequel se reflétait la lumière d'un soleil dont on pouvait sentir la chaleur. Devant cette mer, une cité, majestueuse, aux hautes tours, et à l'ambiance colorée et vivante, aux bâtiments superbement détaillés... Si ce lieu existait, et s'il était aussi magnifique, il méritait sans nul doute le coup d'œil.
C'est au moment où un corbeau vint se poser sur l'épaule de la peintre, épuisée, en poussant un croassement, que l'enfant se réveilla en sursaut... Il sursauta encore plus lorsqu'il vit distinctement, malgré les ténèbres, qu'un oiseau, pareil à celui du rêve se tenait sur le lit, le toisant fixement, avec un drôle d'objet pendant à son bec.
Comme mû par une force irrésistible, le jeune enfant désira immédiatement l'objet de toute son âme, et il tendit la main vers l'oiseau, qui déposa l'objet dans sa paume. Il s'agissait d'un pendentif, retenu par une petite lanière de cuir noir.
Lorsqu'il l'enfila autour de son cou, une voix se fit entendre dans sa tête, elle était douce, agréable, sifflante comme le ruissellement d'un cours d'eau rafraichissant. Elle parlait dans une langue inconnue, mais il la comprit immédiatement.
"Ce que tu as vu est l'empreinte d'un lointain passé. Ton ancêtre disposait d'un talent incommensurable, car je lui ai accordé la possibilité d'exprimer son art comme jamais aucun mortel n'avait pu le faire auparavant. Son sang coule dans tes veines, et il s'est réveillé. Ton clan te rejette, car ils ne comprennent pas ce que tu es, et tout ce que tu as à apporter à ce monde. Fait moi confiance, et bientôt tu obtiendras tout ce que tu voudras... Et tu récupèreras celle que tu aimes."
Fort de cette révélation abasourdissante, le jeune enfant ne comprit pas tout de suite ce qui lui arrivait, mais il sentait grandir en lui une confiance certaine, et des aptitudes latentes qui ne demandaient qu'à croître.
Le temps passa, l'enfant devint adolescent, et recevait parfois la visite impromptue du corbeau, avec qui, sans parler, il échangeait des secrets. Il devint son confident, et revint de plus en plus souvent pour lui tenir compagnie. L'enfant était devenu aigri avec l'âge, à cause de son incarcération forcée : il allait jusqu'à maltraiter, voire battre sauvagement les serviteurs qui venaient le nourrir, manquant même parfois de les blesser gravement avec ses griffes et ses dents, mais lorsque l'oiseau paraissait, il reprenait un regard innocent et se plaisait à lui confier son malheur... Avoir quelqu'un qui l'écoutait (ou tout du moins, semblait) était devenu important pour lui, et il prit l'habitude de tout lui dire.
Une nuit, alors qu'il ne parvenait pas à dormir, il vit apparaitre son compagnon volant qui resta sur le bord de la fenêtre. Alors qu'il s'en approchait en souriant, il perçut à nouveau ce contact mental qu'il avait expérimenté des années auparavant, et cette voix siffla à nouveau dans sa tête.
"Il est temps pour toi de m'accompagner. Celle à qui tu penses jour et nuit ne t'as jamais oublié non plus, et se lamente de ne plus te voir comme quand vous étiez enfants. Monte sur le rebord, et suit mon serviteur. Aie confiance, il ne t'arrivera rien..."
Hésitant d'abord, il sentit monter en lui une téméraire impression de confiance, et n'hésita pas plus longtemps avant de se jeter dans le vide au bas de la tour... Il ferma les yeux alors que son cœur battait à tout rompre, puis brusquement, il ne sentit plus aucune impression de chute, ni de haut, ni de bas... Quelques instants après, il perçut à nouveau le sol sous ses pieds. Il ouvrit les yeux, et vit qu'il avait atterri en douceur, bien loin de chez lui... En réalité, il reconnut les jardins du domaine du père de Sheeva, et il était au pied d'une tour qu'il savait être celle de sa chambre... L'oiseau était là aussi, sur son épaule.
"Maintenant, oublie ce que tu sais, et ne pense qu'à l'envie que tu as de la rejoindre là haut."
C'est ce qu'il fit. Il s'approcha de la tour, et commença à escalader, à grands efforts la pierre lisse et difficilement praticable... Puis soudain, il se sentit monter, à une vitesse vertigineuse, poussé par un souffle de vent ascendant. Il se retrouva vite sur le bord de la fenêtre.
Là, il vit que la lumière était encore allumée, et penchée sur une écritoire, une magnifique jeune fille, en tenue de nuit, était en train de rédiger quelque chose au calme.
En voyant ses longs cheveux de jais tressés dans une belle natte parfumée qui descendait le long de son dos, sa peau mate et satinée, son regard concentré et rigoureux, mais empreint de délicatesse, il sentit son cœur bondir dans sa poitrine : elle était devenue presque une femme, et il savait qu'un jour elle serait la sienne.
Elle se retourna soudain alors qu'un courant d'air pénétrait la chambre, elle sursauta en voyant ce jeune homme accroupi sur le rebord de sa fenêtre, qui l'observait sans rien dire avec un regard empli à la fois de douceur et d'ardeur. Elle manqua crier, mais sa voix ne put sortir de sa gorge. Elle reconnût presqu'instinctivement son ami d'enfance avec qui elle avait tout partagé.
Elle était comme hypnotisée par son regard, sa présence, et toutes ses années passées loin l'un de l'autre étaient soudainement occultées.
Ils ne se dirent rien, ne prononcèrent aucun mot, mais ils avancèrent l'un vers l'autre.
Ils s'unirent cette nuit là, sans vraiment comprendre.
Au matin, ils furent réveillés en sursaut par les cris d'une servante qui venait de faire irruption dans la chambre et de les surprendre.
Comme mû par un instinct fulgurant, il se précipita sur la pauvre esclave et lui brisa le cou sauvagement sous le regard choqué de son aimée. Puis, en lui jetant un dernier regard éploré, il se propulsa à nouveau par la fenêtre en lui promettant de revenir.
Il s'échappa de la même façon qu'il était venu ici, sans comprendre vraiment comment. Il sentait en lui bouillonner une terrible fureur, une rage contenue à grand peine, et cette haine farouche du monde qui s'opposait à son bonheur.
Il ne revint jamais chez lui, et ne put non plus retrouver son aimée, qui fut contrainte de partir pour un long exil afin d'étouffer la honte qui venait d'atteindre sa famille.
Mais il se promit de la retrouver, et de revenir réclamer son dû et son droit de mariage après avoir accumulé puissance et richesses, même s'il devait pour cela accomplir des actes innommables. Peu lui importait... C'est ainsi que commencèrent ses aventures, il parcourut ainsi les routes pendant plusieurs années, exacerbant de plus en plus sa colère et ses pulsions à l'égard des êtres qui se mettaient sur son chemin et devenant, aux yeux des gens du commun, un dangereux monstre.
"C'est lui Lambert Jacques et il aime bien
Couper du bois dès l'p'tit matin
Je coupe des arbres, j'mange du saumon,
Je trappe des carignous,
Le sam'di, j'me lave au savon
Et mange du castor en ragoût."
Extrait de La chanson de Lambert Jacques, in Légendes de Grand-Nord, compilées par le druide-barde Obrigit. Oui, un druide-barde; Grand-Nord, terre de contrastes...
Le Lambert Jacques de cette légende est l'ancêtre du Lambert Jacques dont il va être question. Celui-ci est le descendant d'une longue lignée de pionniers de Grand-Nord, une rude province septentrionale du continent de Maztica. Génération après génération, ceux-ci constituent une fière lignée d'hommes et de femmes de la nature: bûcherons, trappeurs, coureurs des bois... Notre Lambert Jacques se distingue des siens par son souhait de suivre sa voie propre.
Fils de Rambert Jacques, un bûcheron humain célèbre pour couper deux arbres en même temps, une hache dans chaque main, et de lama Ithé, une demi-orque ancienne moinesse de Malar, devenue une trappeuse réputée pour tuer les grizzlours à coups de poing, le jeune Lambert est un pur produit de la saine et rude éducation de Grand-Nord. Allaité au sirop de râble et à la bière de mélisse, nourri au ragoût de grizzlours et au civet de castor (ou l'inverse, ça dépend des fois), Lambert a développé très tôt des aptitudes particulières - sous formes de muscles - le prédestinant à suivre à la voie paternelle.
Mais le sort en avait décidé autrement. Pendant l'enfance de Lambert, un phénomène nouveau fit son apparition dans son coin paumé de Troupe-Herbue : une école. Le jeune Lambert y apprit à lire. Il apprit aussi qu'il existait autre chose que les bois et les grizzlours, que les plaines et les carignous, que les rives et les votaries ou les vachalots, de par le vaste monde. Il y avait des terres où le soleil brillait toujours et où on ignorait ce qu'était la neige, par exemple. C'est pourquoi, lorsqu'il eut atteint quinze ans, plutôt que d'embrasser la voie paternelle et de prendre une épouse, Lambert décida d'embrasser la voie des armes et de prendre le large... d'autant plus qu'après avoir annoncé sa décision à ses parents, ceux-ci le chassèrent à coups de pieds au derrière et de jurons bien sentis - non sans lui avoir donné une hache, ça peut toujours servir.
Lambert se décida à rejoindre la Milice Monturée, dont le rôle est d'assurer la sécurité dans tout Grand-Nord. Les Miliciens Monturés jouissaient d'un grand prestige (surtout auprès des demoiselles), grâce notamment à leur bel uniforme rouge qui les aidaient à se camoufler dans les bois - à l'automne - et parce qu'ils étaient les seuls à pouvoir chevaucher des églans, sorte de chevaux à cornes plates. c'était déjà une sacrée paire de manches de parvenir à en dompter un - ce que chaque Milicien Monturé devait faire s'il ne voulait pas se déplacer à pied -; mais ce qui était encore plus impressionnant, c'était de parvenir à supporter l'odeur de ces bêtes, plus sauvage encore que leurs cabrioles de rodéo.
Les critères de sélection, toutefois, n'étaient pas trop stricts pour un aspirant : savoir cogner, savoir chevaucher, savoir cogner tout en chevauchant, savoir rester sobre. Ces trois derniers points furent difficiles à maîtriser (le dernier surtout), mais Lambert y parvint néanmoins. Pendant une année et demie, il servit dans la Milice Monturée, apprenant à mieux maîtriser ses coups de hache, à se protéger à l'aide d'un bouclier, à se battre à cheval... Il parvint même à monter en grade. Jusqu'au jour où, prit de boisson et à la suite d'un différend, il traita son supérieur de "tête d'églan". Sa carrière fut brisée net, et il fut renvoyé à la vie civile.
Avec un petit pécule en poche et aucune idée pour l'avenir, Lambert décida d'aller boire un coup. Il se réveilla avec la gueule de bois, dans la cale d'un navire qui le débarqua en un lieu qui lui était inconnu. Une fois à terre, il eut beau demander partout autour de lui, personne ne semblait connaître la province de Grand-Nord. La principale ville du coin ? Une belle cité du nom d'Asphia...